Voici les réponses de monsieur Didier DUVAL concernant son livre Louis XVII : Une affaire d’Etat où la piste de Dijon dévoilée.
GENERATION FA8 - Bonjour. Tout d’abord serait-il possible que vous vous présentiez à nos lecteurs ne vous connaissant pas encore ?
Depuis mon plus jeune âge, je me souviens m’être toujours intéressé à l’histoire en général.
En ce qui me concerne l’histoire n’a qu’un visage, cependant il y a l’histoire cachée et connue d’un petit nombre et d’autre part l’histoire enseignée dont la vérité est dans certains cas travestie au gré des événements par certains historiens selon leurs idées politiques ou leurs égocentrismes. En fait l’histoire est essentiellement une question de recherche sans aucun à priori. On ne s’investit pas dans des recherches historiques pour privilégier telle ou telle chapelle ou un quelconque lobby. En fait la vérité est ou n’est pas, n’en déplaise à certains !
Pendant environ 30 ans, je me suis penché sur différents problèmes de la Révolution Française, les crimes et l’espionnage pendant la Révolution et l’Empire, l’assassinat de François Gaspard Petit du Petit-Val en 1796, etc.
Il y a quelques vingt ans, je me suis intéressé à l’affaire Louis XVII. Cette affaire avait l’avantage d’avoir encore de nombreuses archives. De plus je pensais qu’au XXème siècle, nos moyens de contact, nos archives, le téléphone, le fax, la grande presse, l’audiovisuel, pouvaient résoudre rapidement ce récurrent mystère. Avec plus ou moins de bonheur, environ 1000 ouvrages ont été écrits sur cette affaire et l’historien Gosselin Le Nôtre avait raison de dire : « Dans cette affaire, le principal est d’enlever ce qu’on y a ajouté » Car beaucoup d’informations complètement irréalistes ont été écrites sans aucune vérification.
Mon objectif n’est pas de rajouter une nouvelle polémique sur ce sujet mais d’y apporter l’ordre et non pas la confusion.
GENERATION FA8 - Nous n’admettons pas la version officielle qui dit que Louis XVII est mort au Temple. Des chercheurs, des historiens arrivent à cette conclusion. Pourtant les explications pour déterminer la survie du jeune Roi sont assez diverses, voire contradictoires. Comment expliquez-vous ces différences ? De même, comment les néophytes et les amateurs d’histoire peuvent-ils s’y retrouver entre toutes ces hypothèses ?
Pour résumer l’énigme Louis XVII, il faut expliquer que le 13 août 1792 Louis XVI, la Reine, la sœur du Roi : Madame Elisabeth et les deux enfants royaux Marie Thérèse Charlotte et le petit Louis XVII sont enfermés à Paris dans la tour du Temple, une ancienne tour templière devenue prison d’Etat. Le 21 janvier 1793, le Roi est guillotiné, et le 3 juillet 1793, le fils du Roi défunt, Louis XVII, est séparé de sa mère. La Reine est exécutée le 16 octobre 1793. Les deux enfants restent dans la tour du Temple isolés chacun dans une cellule. Alors commence ce que les historiens appelleront le mystère Louis XVII. Qu’est devenu cet enfant de 9 ans gardé par un corps de garde d’environ 300 hommes ?
Il est important pour la suite des événements de savoir que cet enfant, devenu l’Otage de la Nation, pouvait en cas d’évasion faire trembler la République sur ses bases !
Officiellement l’enfant meurt de maladie le 8 juin 1795 dans des conditions très discutables ! Une autopsie est commandée, et le docteur Pelletan chargé de cette autopsie prélève le cœur du jeune enfant décédé.
A partir de ce moment les historiens se rangent en trois camps :
Il y a ceux, comme Maurice Garçon, qui acceptent la version officielle, c’est-à-dire la mort de l’enfant dans la tour du Temple en 1795.
Puis, il y a ceux, comme Louis Hastier ou Edmond Duplan qui pensent que l’enfant est mort début janvier 1794, quelques jours avant que le cordonnier Simon ait fait signer aux quatre municipaux : Lorinet, Lasnier, Cochefer et Legrand, un document par lequel il se trouve déchargé de la garde du jeune Roi.
Enfin, il y a la plus grande partie des historiens, tels que Alain Decaux, André Castelot, Sainte Claire Déville et Gosselin Le Nôtre qui croient qu’une substitution d’enfant eut lieu.
Et parmi les historiens du siècle précédent, on trouve quelques uns qui reconnaissent le sujet prussien Naundorff comme le fils de Louis XVI, sauvé miraculeusement. L’affaire Naundorff, au lieu de simplifier les recherches, embrouille un peu plus celles-ci. Mais cette hypothèse fait long feu, une historienne de Toulon l’a identifié grâce au souvenir que Naundorff lui-même raconte lors de la venue en Prusse de son vieux camarade, un nommé Marassin. Mais ceci est une autre histoire. . .
GENERATION FA8 - Pourriez-vous expliquer rapidement à nos lecteurs qui n’auraient pas encore pris connaissance de votre livre, les raisons qui vous ont amené à vous intéresser à ce grand oublié de l’Histoire ?
La Révolution Française est la naissance d’une nouvelle époque qui fait disparaître la société aristocratique incapable de se remettre en cause. Pendant cette période un nouveau type d’homme a surgit d’où mon intérêt pour cette époque. Pourquoi Louis XVII ? Parce qu’il s’agit d’un enfant innocent sacrifié au nom de la raison d’état par des dirigeants qui prônent les droits de l’homme !
Il y a avec Louis XVII une énigme parce qu’on ne sait pas avec certitude qui est l’enfant qui est mort dans sa cellule en 1795. Dès qu’il y a un défaut de preuve, un doute surgit car la nature a horreur du vide. Le doute important a débuté dès la mort de l’enfant puisque certains acteurs de la Révolution Française n’eurent pas eux-mêmes la certitude que c’était le fils de Louis XVI qui venait de mourir le 8 juin 1795, à ce sujet, on peut penser à Barras ou à son secrétaire Botot. Quant aux historiens du XIXème siècle, ceux-ci se sont posé également des questions sur l’identité de l’enfant mort au Temple. L’atrocité de cette affaire fait inévitablement penser à une tragédie antique : Astyanax pouvait-il venger Hector ?
Après une étude complète des Archives Nationales, des témoignages, des récits, des documents privés, etc. je me suis rangé dans le camp de la substitution. Tout d’abord, j’ai cru que l’enfant était mort début janvier 1794 comme Monsieur Duplan le croyait. J’ai épluché le testament du fameux Lorinet et découvert qui avait hérité d’une fameuse malle appartenant à cet officier municipal qui se trouve toujours là aux moments les plus cruciaux : le 19 janvier au moment de la décharge à Simon, pendant les gardes du municipal Crescent, au moment du scandale de la porte des écuries de l’enceinte du Temple, et enfin le 9 Thermidor lorsque Lorinet se trouve au Temple pendant la visite de Barras, le tombeur de Robespierre. Mais, hélas, il n’y avait rien à découvrir dans l’héritage de Lorinet.
Après m’être fourvoyé dans différentes pistes : la piste des Seychelles, la piste d’Haïti, la piste de Vendée, la piste espagnole, la piste suisse et la piste américaine, je me suis rendu compte qu’aucune ne pouvait convenir pour des raisons les plus diverses.
Il restait donc une dernière piste évoquée par Alain Decaux dans son livre « Grands Secrets, Grandes Enigmes » Il y a une quinzaine d’années je me suis rapproché du chercheur dijonnais Yves Pirat, aujourd’hui décédé. J’ai entretenu des relations épistolaires avec lui, puis de fil en aiguille, ce que je raconte dans mon livre, j’ai rencontré un homme qui avait des documents importants à me montrer. En regardant la politique européenne des différentes puissances de l’époque, la politique intérieure de la France avec ses difficultés, en étudiant l’espionnage de l’époque, les tractations secrètes de Robespierre, et les archives du quai d’Orsay, j’avais acquis une certitude : on ne tue pas son otage, on le négocie. C’est ainsi que mon livre est né.
GENERATION FA8 - Au cours de vos recherches avez-vous rencontré des difficultés particulières, en France ou à l’étranger ? L’établissement vous a-t-il mis des bâtons dans les roues ?
Les documents étrangers ont mis un certain temps à me parvenir, mais, mis à part cela, l’établissement comme vous le dites, n’a porté aucun intérêt à cette affaire qui, pour les médias, n’est pas porteuse en terme financier. Evidemment, si j’avais raconté les derniers avatars d’un joueur de football en vue ou d’une starlette, l’établissement se serait prosterné devant moi pour me faire des courbettes et acheter les droits d’auteur …
GENERATION FA8 - Philippe Delorme a beaucoup travaillé sur le sujet et arrive à des conclusions diamétralement opposées aux vôtres. Quel est votre avis sur ses travaux ?
On a cru résoudre le problème avec une analyse scientifique incontournable amenant une conclusion définitive : l’analyse A.D.N. mitochondriaque, effectuée par les professeurs Casiman et Brinkmann. Hélas les travaux se sont effectués sur un cœur dont la provenance n’avait pas été vérifiée. Car Monsieur Delorme ne savait pas que le cœur du premier Dauphin avait lui aussi été conservé. L’analyse a donc eu lieu sur le cœur qui avait été remis le 13 avril 1975 au Mémorial de Saint Denis par la fille de la princesse Massimo, donna Maria de Las Nieves. Mais, Monsieur Delorme ignorait que les Bourbons avaient reçu au château de Froshdorf deux cœurs qui chacun était réputé être celui de Louis XVII ! C’est donc l’un des deux cœurs que donna Maria de Las Nieves a remis au Mémorial de Saint Denis.
Il s’agit là d’une incroyable histoire : le docteur Pelletan, qui avait fait l’autopsie de l’enfant mort le 8 juin 1795, avait deux fils, Pierre le fils légitime et Gabriel le fils adultérin. Après de multiples péripéties le cœur de l’enfant autopsié et le cœur du premier Dauphin sont tombés dans les mains des deux frères Pelletan. Or les héritiers des fils Pelletan ont remis chacun au comte de Chambord le cœur qu’ils possédaient, croyant qu’il s’agissait de celui de Louis XVII. C’est pourquoi les survivantistes contestent l’analyse A.D.N. du cœur qui se trouve à Saint Denis. A ce sujet, il faut lire la brillante étude de Madame de La Chapelle sur l’histoire des deux cœurs et leurs pérégrinations.
Ainsi l’analyse A.D.N. n’a rien résolu et a même contribué à embrouiller encore plus cette affaire. Nous étions revenus au point de départ ! C’est pourquoi, je n’ai pas cru aux conclusions de cette analyse car celle-ci n’a pas prouvé ce qu’elle devait prouver en ce sens que le docteur Casiman a dit : « Le cœur appartient à un membre de la famille des Bourbons »
GENERATION FA8 - Que pense l’Institut Louis XVII de vos travaux alors que vous n’êtes pas Naundorffiste ?
En ce qui concerne l’Institut Louis XVII, je n’ai pas à me prononcer sur ce qu’ils pensent de mes travaux car je ne suis pas membre de cet Institut. Cependant je dois signaler qu’un certain nombre de membres de cet Institut a acheté mon ouvrage ! Ce qui m’amène à penser que des membres sont pour le moins troublés par mes découvertes !
GENERATION FA8 - Est-ce que le duc d’Anjou et le comte de Paris sont au courant de vos travaux ? Avez-vous ou prendrez-vous le loisir de leur faire parvenir les résultats de votre enquête ?
A ce jour le duc d’Anjou et le comte de Paris ne sont pas au courant, à ce que je sache, de l’état de mes travaux Chacun croyant être l’unique prétendant légitime de la couronne de France. Pour le moment, compte tenu de mes découvertes, je ne crois pas nécessaire de leur adresser mes résultats puisque ceux-ci ne vont pas forcément dans le sens qu’ils peuvent espérer.
Propos recueillis le 9 octobre 2008.
Les réponses n’engagent que leur auteur et non notre organisation.