22 février 2010   


L'identité nationale : un piège et une menace



Par le passé, les régimes politiques qui rencontraient des difficultés recouraient souvent à la même méthode : une bonne guerre. Cela permettait de détourner l’attention de l’opinion publique vers un objet extérieur, le tout en galvanisant les efforts du peuple dans une optique nationale. Cette manœuvre permettait d’effacer les divisions et comme par magie, les sujets de mécontentement s’oubliaient dans la gloire qu’acquéraient les armées dans des contrées lointaines.

Aujourd’hui cet expédient n’est plus utilisé, car les dominants arrivent à détourner l’attention de l’opinion publique par des procédés plus pernicieux. L’actuel gouvernement, empêtré dans une bouillie politique dont il se trouve pourtant autant responsable que les précédents, ne savait plus où donner de la tête en fin d’année dernière tant les critiques pleuvaient sur lui (à ce jour, le déluge continue !). N’ayant plus recours à la guerre pour endormir le peuple, qui à mon sens demeure dans une léthargie qui devient franchement inquiétante, les animateurs culturels faisant office d’hommes politiques s’amusent souvent à sortir de leur chapeau percé des idées de débat, pour maintenir les Français dans leur apathie. En 2007 nous avions eu droit à la sécurité, récemment à la burqa et maintenant l’identité nationale. Ces débats permettent au gouvernement en place de gagner du temps, car cela leur offre la possibilité de mettre l’essentiel sous le boisseau, en évitant de répondre aux questions de fond (1) ou pour en poser de fausses. Dans le cadre du prétendu débat sur l’identité nationale, il s’agit donc de jouer la montre et d’éviter de traiter les aspects fondamentaux. Je pose le mot prétendu parce que ce sont toujours les mêmes qui détiennent la parole et qui participent aux joutes oratoires. Qu’ils se le disent, j’ai aussi des choses intéressantes à faire partager et je suis intimement convaincu de ne pas être le seul. Néanmoins les personnes réellement dissidentes au système désirant apporter leur contribution à ce débat, doivent impérativement sortir du piège tendu par celui-ci, en ne commençant pas par expliquer que l’identité nationale c’est ceci ou cela. Ainsi je fus étonné de constater que beaucoup de personnes de la mouvance nationale au sens large du terme se soient empressées de répondre à cette question en s’évertuant à dire que l’identité nationale existait. Dans notre cas, il se  présentait deux choix. Soit il ne fallait pas répondre à cette fausse question, soit il convenait de dire que l’identité nationale n’existait pas. Expliquer par monts et par vaux que l’identité nationale présente une réelle définition, cela consiste d’une certaine manière à légitimer la Nation. Or la Nation, dans son interprétation comprise et acceptée dans l’espace public, reste quoique certains en disent un concept hérité de la Révolution, donc des Lumières ou plus exactement des Ténèbres… En effet la Nation, à l’instar de la République, s’est toujours construite contre la France. A toutes fins utiles, je précise donc que je ne suis pas nationaliste pour les raisons précédemment évoquées et notamment par le fait que la Nation nie le christianisme et le monarchisme. De plus, la Nation demeure encore et toujours un concept creux et désincarné. La preuve par les déclarations mêmes du Ministre Eric Besson qui claironna à la Courneuve le 5 janvier 2010 : «  La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui vivent ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France du métissage » Dans ces conditions, comment est-il possible de manière raisonnable de se rattacher au néant ? Je n’usurperai pas la place des nationalistes à savoir ceux qui sont attachés à la Nation en répondant à cette question, leur laissant le soin d’assumer leurs inconséquences et leurs incohérences. Toutefois, peuvent-ils sérieusement concilier leur volonté de combattre le jacobinisme en s’affirmant nationaliste, alors que la Nation reste objectivement un concept jacobin et maçonnique ? La balle est dans leur camp. Le débat sur l’identité nationale loin d’éclairer les cœurs, les consciences et les âmes enlise dans des raisonnements tortueux des énergies - pour la plupart d’entre elles - souvent sincères et motivées, car ces dernières ne prennent pas la peine d’exploser le cadre imposé comme référent par le système oppresseur. Chacune de nos pensées et de nos actions doit être dirigée à démonter la pensée politique dominante qui repose en grande partie sur le mythe de 1789.

Aujourd’hui mais déjà hier, le Bloc Identitaire et ses mouvements affiliés prétendent imposer une nouvelle voie pour sortir la France de l’impasse dans laquelle elle s’enferme. Cette solution se manifeste réellement comme une menace pour notre pays. Incontestablement s’il existe un groupe de mouvements qui s’obstine à rester sous l’influence de l’idéologie dominante, à n’en pas douter, il s’agit bien de la mouvance identitaire. Le terme identitaire me paraît très mal approprié les concernant. Je ne développerai pas maintenant cette analyse, car il me faudrait plus que quelques lignes afin de l’exposer correctement. Ceci étant dit, je constate que leur projet politique, loin de remettre en cause la pensée dominante de notre époque, se complaît parfaitement dans celle-ci. Il n’est nullement question pour eux, entendons les Identitaires, que le catholicisme retrouve sa place naturelle dans le pays ou même de combattre le démocratisme, issu également de la néfaste philosophie des Lumières. Bien au contraire, loin de s’opposer à l’idéologie démocratique qui ruine notre pays et la civilisation européenne, ils s’en font le relais. En effet, au cours du Libre journal des Identités du 15 janvier 2010, présenté par Bruno Larebière avec comme thème : « Quelle définition de l'identité nationale ? », Jacques Cordonnier, président d’Alsace d’Abord, membre du bureau exécutif du Bloc Identitaire, s’employa à être aussi démagogique que les politiques qu’il prétend combattre en déclarant au sujet du vote : « Ce droit de vote devrait être accordé de manière plus large, à d’autres élections à tous les ressortissants européens. C’est comme cela qu’on arrivera d’ailleurs, à construire dans l’esprit des gens, un sentiment d’appartenance à cette civilisation qui a été brillante et qui a dominé le monde, et qui est la civilisation européenne  » Ce propos en plus de se montrer fidèle à l’esprit de 1789, indique clairement que les Identitaires entendent construire artificiellement un sentiment d’appartenance via un vulgaire bout de papier, désigné par les biens pensants par le terme de bulletin de vote. Jamais ce dernier ne le créera légitimement, étant donné que le vote voire le contrat ne peuvent se substituer à la légitimité. Dans notre pays, l’unité politique et d’action ne pourra pas se réaliser et durer avec des valeurs et des idées éthérées, mais s’incarnera dans une réalité et une unité spirituelle, historique et civilisationnelle, définissable selon moi par le traditionalisme politique français, reposant sur le catholicisme et le monarchisme. Considérant cette idée avancée par une des personnalités les plus importantes du Bloc Identitaire, il n’échappe à personne que Jacques Cordonnier et les siens avec cette proposition - d’étendre le droit de vote aux européens afin de construire un sentiment d’appartenance commun – se placent implicitement dans le sillon de Rousseau et de son Contrat Social. Celui-ci considérait que les rapports entre les hommes et la société devaient reposer sur un contrat légal, or la légalité n’induit pas forcément la légitimité. Sarkozy et d’autres sont très bien placés pour le savoir. Le philosophe genevois partait malheureusement du principe que le pouvoir politique légitime « est le pouvoir qui trouve son fondement dans la volonté du peuple ou volonté générale ». Le seul pouvoir légitime qui vaille à mes yeux, est celui qui vient d’en haut, autrement dit de Dieu. Le Roi de France était lieutenant de Dieu sur terre, soit tenant lieu de Dieu ici-bas. Loin de résister à la vulgate moderne qui empoisonne l’intelligence, les Identitaires la développent, et avec cette idée de votation européenne, ils mettent à mal l’idée d’une France indépendante et souveraine, car finalement tout le monde et personne pourrait obtenir avec eux le droit de vote chez nous.

La souveraineté réside peut-être dans le peuple mais il ne doit sûrement pas l'exprimer par le vote, car l’histoire nous apprend et nous démontre qu’il n’y a pas de pire tyran que le peuple.

Le Roi est mort, mais comme en France le Roi ne meurt jamais, je dis : Vive le Roi !


Franck ABED
Ecrivain, essayiste
http://www.franckabed.com/


(1) Lire également : La récente affaire de la Burqa ou comment ne pas évoquer la vraie question. Article paru dans le numéro 15 de Synthèse Nationale (septembre-octobre 2009).

 


[Retour]

Tous droits réservés à Generationfa8.com - Conception Ouverture d'esprit