1er février 2010   


M. Soral serait-il devenu musulman ?



C’est la question que tout individu se poserait  après avoir visionné « l’entretien du président » de M. Soral, daté de décembre 2009. Considérant que la vidéo est publique et sachant la volonté de dialogue qui anime ce monsieur, comme il le dit lui-même un peu partout, je me permets donc en toute modestie de donner mon avis sur les propos tenus dans cette vidéo. Il devient commun dans notre époque, dominée par l’inculture et l’anti-catholicité, d’exprimer de la haine et un manque de charité quand un individu réagit aux propos d’autrui. De même la banalité qui consiste à être disgracieux et impoli, afin d’être dans la polémique vaine et stérile, pour éviter de parler du fond des sujets n’animera pas cet article, qui entend évoquer plus le fond que la forme. Ne désirant pas tomber dans le genre de travers décrits plus haut, je ne m’attacherai qu’à traiter des idées et des arguments entendus dans  cet entretien, avec lesquels je suis en désaccord. Bien évidemment, certaines pensées développées dans celui-ci me paraissent justes, ainsi donc je ne m’y attarderai pas, préférant traiter des divergences fondamentales qui existent.

A toutes fins utiles, je précise que cette vidéo se trouve consultable dans le site même d’Egalité et Réconciliation, association fondée et dirigée par M. Soral.

La laïcité républicaine n’existe pas.

Pour commencer mon propos, je dois dire que je fus étonné d’apprendre que la laïcité à la française dont parle M. Soral remonterait à Platon.  Selon Platon le monde qui nous entoure se suffit à lui-même car il puiserait sa force et sa source en son sein. Pour nous catholiques, les choses nous apparaissent très différentes, car selon l’Eglise il n’existe aucune règle préalable ou postérieure au Créateur et à sa création, car Il est tout, aussi bien l’Alpha que l’Omega. Dieu agit comme il l’entend, et les lois régissant la nature au sens large du terme, ne dépendent que de Lui seul. Cette idée, d’un pouvoir créateur tout puissant, antérieur et inévitablement supérieur au fonctionnement de notre petit monde, représente une conception ignorée par Platon, mais également par les républicains et autres rationalistes. Les hommes ne peuvent concevoir sérieusement – malgré leurs petites volontés - un ensemble de lois ou de prescriptions indépendantes des lois divines, car le pouvoir de Dieu se montre infini et omniprésent. Toute tentative d’exclure les Commandements de Dieu conduira inéluctablement à des dérives dont l’histoire humaine fut coutumière et notre époque ne s’en trouve pas exempte (220 000 avortements par an depuis plus de trente ans en France). Il y a donc entre M. Soral et les catholiques un abîme profond, qui résulte de deux visions du monde totalement opposées, concernant les lois ultimes régissant l’univers. Je suis intimement convaincu que cette laïcité à la française ou républicaine revendiquée par tout ce que la France compte de républicains, de démocrates et parfois même de francs-maçons, si ce n’est les trois en même temps dans le pire des cas, n’existe pas. En réalité, il s’agit d’un concept creux et vide de sens, masquant maladroitement le caractère antichrétien de celles et ceux qui utilisent sans cesse cette expression, avec l’objectif d’égratigner l’influence bénéfique de la catholicité sur notre pays. Pour définir correctement la laïcité pratiquée au sein de la République française, il conviendrait mieux de parler de système laïcard. Effectivement, le pouvoir civil républicain et démocrate entend par toutes les manières possibles combattre la religion catholique. S’il est besoin de prouver cette affirmation, il suffit de se rappeler du traitement réservé aux prêtres catholiques qui refusèrent de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé votée le 12 juillet 1790. Cet exemple pourra être considéré par certains comme trop éloigné dans l’histoire. Ceci ne représente guère un problème à mes yeux, car je dispose d’un fait plus proche de nous pour appuyer mon propos, qui exprime l’idée que la République a toujours combattu et combat encore la France. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat adoptée le 9 décembre 1905 (1) fut une tentative de plus pour infliger des coups à l’Eglise. Cette loi inique donna à la République le signal de départ de la deuxième spoliation après celle, de triste mémoire, de 1789, quand les biens de l’Eglise furent déclarés biens nationaux par le décret du 2 novembre 1789. En 1789, comme en 1905 la France se montra divisée en deux camps, avec d’un côté les modernes et de l’autre les traditionnels. Il ne faut pas se raconter d’histoire et tordre la réalité de façon à ce qu’elle devienne conforme à nos fantasmes, mais il devient difficile de ne pas constater que la République s’est construite contre la France et le catholicisme. Dans ces conditions, vouloir revenir à ce système laïcard pour apaiser les tensions religieuses, me semble au contraire le meilleur moyen de les raviver. De plus, M. Soral qui apparemment aime tant l’islam, n’oublie-t-il pas volontairement que ce dernier ne distingue pas le temporel du spirituel, le public du privé ?

La laïcité au sens authentique du terme, c'est-à-dire catholique, désigne la séparation du civil et du religieux. Elle remonte - pour nous les catholiques - au Christ même avec : « Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo », soit : « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Matthieu, XXII, 21). Cette phrase prononcée par Jésus exprime parfaitement la séparation entre le pouvoir temporel que je peux définir par le politique qui appartient au chef de l'Etat, et le pouvoir spirituel que je pose comme religieux qui appartient au seul Pape. Contrairement au système républicain qui entend provoquer de l’antagonisme en opposant le pouvoir civil et le pouvoir religieux ou même soumettre le deuxième au premier, le Christ par cette déclaration exprime, sans équivoque possible, qu'il n'existe fondamentalement aucune hostilité entre César et Dieu. Toutefois l'explication ne se présenterait pas comme pleinement complète, si je ne prenais pas la peine de préciser la pensée christique profonde de cette réponse faite aux pharisiens qui voulaient piéger Jésus, en affirmant à la suite de Notre Seigneur, qu'en demandant de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, Il définit qu'aucun César (et surtout pas monsieur le Président Nicolas Sarkozy) ne peut se prévaloir de se considérer comme le maître absolu des hommes. Incontestablement seul Dieu peut légitimement demander tout de l'homme, qui est, rappelons le quand même, sa créature. Jésus s’oppose ainsi à toute adoration de César, et à l’absolutisation de la politique en la confinant à ce qu’elle devrait être : une activité humaine que le Royaume de Dieu pénètre comme toute réalité.

Islam et politique, quelle analyse ?

Pour ce deuxième point, je souhaiterais évoquer l’islam. Je suis parfaitement d’accord pour dire qu’il serait dangereux de tomber dans la thématique des guerres de religion, car certains mal-pensants, qu’il m’est impossible de désigner pour le moment, souhaiteraient transformer la France et l’Europe en un champ de bataille pour la troisième fois, après les deux guerres mondiales du siècle dernier. Donner du crédit au choc des civilisations, permet d’une manière malhabile de se placer en droite ligne derrière les néo-conservateurs de Washington. Ceux qui prétendent contrecarrer les projets américains, en jouant cette carte du choc civilisationnel ne semblent pas comprendre qu’ils restent séquestrés dans l’espace prévu par les mondialistes et loin de les combattre, apportent une pierre à leur édifice. Adopter cette posture ne troublerait donc pas leurs sombres desseins politiques bien au contraire, car cela conforterait les mondialistes dans leurs volontés de tuer pour de bon, l’Europe catholique et blanche en déclenchant un troisième cataclysme. Il me paraît évident que pour combattre l’idéologie mondialiste, une des attitudes qui correspondrait le mieux, reposerait sur l’idée de ne pas adopter les postures que l’hydre du mal entend nous imposer. Ceci étant dit, je conteste également l’idée inverse qui consisterait à déclarer opération portes ouvertes en France pour l’islam. M. Soral fustige souvent à juste titre les « représentants français de la communauté musulmane », qui ne peuvent réellement se définir comme tels, étant donné que leur mandat ne leur a point été donné par les musulmans français. A contrario, je souhaiterais savoir si M. Soral a reçu carte blanche pour parler à la place des musulmans résidant en France ? Cela serait intéressant de savoir d’où il tire sa légitimité pour parler en leurs noms. En effet M. Soral affirme de nombreuses idées au sujet du désir de ces derniers. Par exemple, accepteraient-ils des mosquées en France sans coupoles et sans minarets ? Je trouverai enrichissant dans le cadre d’une saine dispute intellectuelle, de parler avec d’authentiques musulmans français, de comment ils voient leur place en France et de comment ils entendent pratiquer leurs rites dans notre pays. Lorsque M. Soral explique que les musulmans ne demandent pas des mosquées avec coupoles et autres éléments architecturaux propres à la culture islamique, je suis quand même interloqué par cette déclaration, car jusqu’à preuve du contraire, à Marseille, Nantes, Strasbourg, Vénissieux, Roubaix et dans de nombreuses villes de France, ce sont les populations musulmanes elles-mêmes qui optent pour la construction de mosquées traditionnelles. A ce sujet, j’aimerais sincèrement entendre des musulmans déclarer que cela ne les dérangeraient point de bénéficier d’une mosquée sans coupoles et sans minarets… De même, dans une autre vidéo, réalisée celle-ci à Bordeaux, M. Soral déclarait que la mosquée du 21ème siècle en France, pourrait être tout à fait un bâtiment occidental. Je laisse le soin aux lecteurs et également aux musulmans de juger de la pertinence de ce propos. De même M. Soral persiste et signe en disant : « Allah est le dieu de tous les hommes. C'est pour ça que l'islam est une religion universelle. » En fait, l’universalisme musulman explique peut-être le sort des chrétiens dans des pays où l’islam est majoritaire que ce soit en Algérie, au Soudan et en Indonésie, où mes coreligionnaires subissent des attaques contre leurs personnes et où les églises finissent en flamme après un pillage en bonne et due forme. Concrètement, la seule religion authentiquement universelle reste le christianisme en raison de son caractère intrinsèque (paix, amour, tolérance) et des réalisations accomplies de par le monde et les époques.

La France charnelle demeurera toujours catholique et royale

Il est remarquable que les républicains, à l’image de tous ceux qui défendent de fausses doctrines, tournent leurs conclusions, contre l’essence même de leurs réflexions. Tels des prestidigitateurs, ils possèdent l’art de déplacer l’objet même de la question et de réfuter le principe fondamental de la naissance de la France, en apportant de la confusion, là où la clarté devrait prendre place. Ils arrivent donc, par des métaphores ou par des phrases se voulant ironiques à ériger leur suffisance en doctrine. De ce fait, je trouve remarquable que monsieur le Ministre Eric Besson dans le Grand Journal de Canal+ du 4 janvier 2010 ait déclaré que : « L’islam est compatible avec les valeurs de la République », rejoignant ainsi M. Soral qui nous explique : « L'islam a triomphé dans le passé chaque fois qu'il a pu s'imposer comme système de valeur positif mais sans porter atteinte à la culture où il s’est implanté » L’islam s’est propagé à dos de cheval par la guerre et le sang et non par une prétendue domination culturelle. De même, l’islamisation de notre société contredit clairement l’idée précédemment décrite, car aujourd’hui qui peut affirmer que l’islam ne porte pas atteinte à la culture française ? Dois-je rappeler les piscines réservées aux seules femmes musulmanes ? Puis-je omettre de citer les restaurants comme Quick ou KFC qui proposent depuis peu des repas hallal ? Et demain, nous évoquerons la finance islamique. Alors est-il sérieux de prétendre que l’islam ne porte pas des coups à notre culture grecque, latine et catholique ? Non, bien évidemment. Pour en revenir aux propos du Ministre : est-ce que l’islam est compatible avec les valeurs de la République ? Peu m’importe à dire vrai, car répondre à cette question, reviendrait à s’enfermer dans des considérations purement politiciennes éloignées de ma volonté d’œuvrer pour le bien commun. Pour l’instant, et je ne peux que le regretter, le relativisme religieux qui considère que toutes les religions se valent et l’idéologie républicaine qui relègue constamment le catholicisme à une affaire privée, coupent la France de sa sève naturelle. La France est née du baptême de Clovis et en l’oubliant, nous perdrons notre pays, notre civilisation pour finir par nous autodétruire.

Franck ABED
Ecrivain, essayiste
www.franckabed.com

(1) Lire également : La récente affaire de la Burqa ou comment ne pas évoquer la vraie question
Article paru dans le numéro 15 de Synthèse Nationale (septembre-octobre 2009)


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